Proposition d’écriture 23 : journal d’un objet

Cette semaine je vous propose de vous mettre dans la peau d’un objet, et de raconter votre vie comme si vous étiez cet objet, éventuellement sous forme de journal.

Texte de Philippe

Où suis-je ? Qui suis-je ? Il fait noir ici. Oh ça bouge ! Je suis secoué. Enfin de la lumière ! Une tête de petite fille qui dit : « Oh, qu’il est mignon ! ». Bon c’est déjà ça mais je ne sais toujours pas qui je suis.

La petite fille dont je comprends qu’elle s’appelle Noémie me sert contre elle et me couvre de bisous.

Elle est collante… c’est collant… Elle passe de sa sucette à moi.

La journée, je suis seul. Le soir, je dors avec elle.

Elle m’appelle Bichounet.

« Oh regarde Bichounet, tu es drôle avec des lunettes. »

Dans la glace, je vois une petite fille qui tient un nounours avec des lunettes noires »

Mais alors c’est moi le nounours.

Avec ces lunettes, on dirait Alain Delon mal rasé dans le film « la piscine ». J’ai le droit de rêver… Déjà que je suis un nounours.

Avant j’étais un boulon.

C’est pas rapide la réincarnation.

J’ai encore du boulot pour atteindre l’état d’homme et ensuite celui de Bouddha. « Tiens t’aura du Bouddha »

Bon là, c’est pas trop mal. Noémie est plutôt gentille.
C’est Robert dont je me méfie. Il m’a déjà arraché une oreille et mordu une patte.

Ah oui, Robert, c’est un chien.

En réincarnation, il est plus avancé que moi. Pas sûr qu’il progresse encore, il a l’air tellement abruti.

Et je ne parle pas de Sam qui me lance pour que Robert m’attrape.

Ah oui, Sam, c’est le frère de Noémie.

C’est mon chemin de croix…

« Pour grandir, il faut se cogner aux meubles… »… Je ne sais plus qui a dit ça… Elle, le sait

Mais plus vite, Robert et Sam m’éventreront plus vite je progresserai et qui sait ce que je deviendrai… Un insecte avec un peu de chance…

Texte de Tielle

Bonjour je suis un objet. Mon propriétaire m’a acheté récemment et pourtant j’ai déjà vu plusieurs pays, écouté plusieurs concerts et vu des animaux extraordinaires de notre planète Terre.

Sinon, j’ai plusieurs facettes et personnalités, tantôt j’ai une âme policière, tantôt une âme romantique ou encore drôle mais je peux aussi inspirer la peur et l’horreur.

Parfois, je collabore avec d’autres objets, je reçois des ondes ou des informations alors leurs images se forment en moi.

J’ai un pied et je pivote un peu sur moi-même, mon propriétaire ne me transporte pas, c’est plutôt moi qui le transporte dans d’autres contrées, d’autres régions et même dans l’espace et pourtant je suis immobile.

Mon propriétaire est content de m’avoir, je le tiens au courant de tout. Il m’a au doigt et à l’œil quand il me commande à distance : il zappe. Je suis une télé.

Mon texte

Juillet : L’été, l’été, interminable été. Il fait trop chaud, je hais ce temps, je hais ce soleil. Marre d’être nu jour et nuit … surtout les nuits, de plus en plus fraîches. Chaque fois que la porte s’ouvre j’espère que le nouvel arrivant pensera à moi, je le regarde, lui fait les yeux doux. Je profite du moindre courant d’air, aussi léger soit-il, pour me balancer légèrement, me pencher vers ce potentiel sauveur. Mais celui-ci m’ignore totalement, pas le moindre coup d’œil, je suis invisible, abandonné, oublié de tous… Et dehors ce soleil qui me nargue, inexorablement.

Septembre : Enfin, je sens l’air qui se rafraîchit, de plus en plus doux. Les habitants ont ressortis leurs pulls, plus que quelques jours et ils s’occuperont à nouveau de moi. Je vais retrouver la douceur subtile de cette veste de soie et les nuits chaleureuses blotti dans ce petit gilet en mohair.

Novembre : Il pleut, il pleut, il pleut. Je suis trempé ! Ils ne me laissent jamais le temps de sécher. Mon bois gonfle, gorgé d’humidité, je suis obèse ! Et la nuit je macère sous une pile de manteaux mouillés, bonjour l’odeur au réveil !

Janvier : J’ai chaud, trop chaud, j’étouffe ; mais laissez-moi donc respirer ! La porte s’ouvre, un tourbillon d’air glacé s’engouffre … mmm … de l’air bien frais … et paf, un manteau de plus m’atterri dessus, un gros manteau de fausse fourrure, très lourd, très chaud, et même pas doux. Là c’en est trop, c’est la goutte d’eau ! J’accentue le léger mouvement généré par son atterrissage pour basculer vers la porte en train de se fermer. Je passe la tête dans l’embrasure juste au bon moment, elle se referme sur moi et me retient dans ma chute, mais tous les manteaux pendent dans la neige boueuse : tous sales et trempés. Maintenant ils vont partir à la machine, et moi je vais être tranquille !