Proposition d’écriture 25 : Invention

Je vous propose d’écrire sur le thème de l’invention. Imaginez une invention majeure qui viendrait révolutionner notre quotidien dans les années à venir. Ou au contraire, partez de votre quotidien actuel, choisissez un objet que vous trouvez indispensable et que vous utilisez régulièrement … et imaginez le monde avant son invention et comment cet objet a été accueilli.

Si vous manquez d’inspiration n’hésitez pas à fureter dans les pages de La carte du temps
de Félix J. Palma qui imagine l’arrivée du papier toilette en Europe et sa vente qui se fait en cachette car les clients n’osent pas s’afficher à acheter ce genre de produit « intime ».

Texte de Christophe

Une invention. Je dois écrire sur une invention existante ou non, se situant dans le passé, le présent ou le futur. Rien que cela. Je l’ai choisi me dirait vous. J’ai fait la démarche de m’inscrire à un atelier d’écriture. Il faut que j’assume jusqu’au bout. Le problème est que aucune idée ne me vient à l’esprit. Je me mets à regarder mes collègues. Ils ont l’air inspiré. Ils n’arrêtent pas d’écrire. Je tente de regarder furtivement ma voisine de droite, l’organisatrice de cette atelier. Un peu comme dans le métro où les gens tentent tant bien que mal de lire le livre de leurs voisins. Ils sont même pas foutu de prendre leur propre bouquin. Le temps avance et rien ne me vient. J’angoisse de plus en plus. Je me mets à trembler et à écrire bizarrement. Et je me dis, tout à coup, mais qu’est ce qu’une invention? Est ce un objet qui permet d’aider les gens? Une table est ce une invention? Le violet aussi? Toujours pas d’idée. Mais que faire? C’est horrible comme sensation. Je vais passé pour un nul, une merde, un moins que rien, de la confiote, du café moisi. Comment éviter ça? Je pourrait m’enfuir en courant sachant que je suis près de la sortie. Non, inimaginable. Je psychoterait trop sur leur moquerie futur. Je pourrais me faire passé pour un fou, ce qui expliquerait mon incapacité de créer une invention ou d’en décrire une existante. Je pourrais les assommer avec mon nouveau livre et les assassiner par la suite. Oui, c’est une bonne idée. Excellente même. Brillantissime qui plus est. Comme ça, ils ne pourront pas critiqué mon incapacité d’aborder cette thématique. Mais. Mais. Et si je mettais en place un livre high tech permettant de reconnaître son propriétaire comme pour les voitures. Un livre capable de lire dans mes pensées. Un livre qui anticiperait mes envies de lecture. Un livre à la k2000. Un livre qui assommerait toute personne qui parlerait trop fort au point de ne pas nous laisser écrire calmement. Oui je sais, faut pas rêver. Mais sans rêve que deviendrait le monde? Le rêve, quel bel invention. Cela nous fait nous évader, croire que tout est possible ou le contraire. D’anticiper le futur. Silence de quelques secondes. Je viens d’avoir la révélation ultime qui me fallait. Le monde est la plus belle des inventions sur terre. Pourquoi me dirait vous. Et bien, parce qu’elle est indescriptibles.

Texte d’Hervé

Il me reste deux questions à poser à la Machine, ce qui n’est pas si mal compte tenu de mon âge : à quarante-cinq ans, 71,9 % des gens ont déjà posé leurs trois questions. Certains se précipitent stupidement le jour même de leurs dix-huit ans pour poser la première, quand ce n’est pas les deux premières ou même les trois d’un seul coup. C’est leur affaire, et peut-être une telle tactique est-elle moins aberrante que celle consistant à garder son capital intact le plus longtemps possible, ce qui, chaque année, conduit des milliers de personnes à emporter dans la tombe les trois questions qu’elles n’ont pas eu l’opportunité de poser.

Pour ma part, j’ai attendu d’avoir trente-deux ans pour soumettre une première interrogation à la Machine. Encore était-ce, je l’avoue, un acte irraisonné de ma part, que j’ai beaucoup regretté par la suite – car, si la réponse qui m’a été faite était rigoureusement exacte, j’aurais pu l’obtenir simplement en attendant que le temps me la fournisse, comme le faisaient les gens autrefois. J’étais alors très malheureux, et le recours à la Machine m’apparaissait comme la seule solution de nature à m’apporter un peu de réconfort. Catherine venait de me quitter après sept ans de vie commune, sans me donner la moindre explication. Au bout de deux jours, écrasé par la douleur, je me suis rendu auprès du Centre de Questionnement le plus proche de chez moi. Après m’être acquitté des formalités d’enregistrement, consistant essentiellement en un contrôle rigoureux de l’identité, je suis allé m’asseoir en salle d’attente où, moins d’une demi-heure plus tard, une hôtesse est venue me chercher pour me conduire jusqu’à la petite pièce où j’allais pouvoir poser ma question. Conformément aux instructions qu’elle me donna, je m’allongeai sur la table à plan incliné située au centre de la pièce, et la laissai me placer sur le crâne un casque à la forme étrangement allongée, pourvu de deux courtes protubérances sur le front. Cette bizarrerie allait, dans mon cas, revêtir un caractère ironiquement prémonitoire. Lorsque j’eus demandé – à haute voix, ce qui n’était pas nécessaire, puisque la Machine sonde les pensées de qui l’interroge – pourquoi Catherine était partie, je n’eus à attendre qu’une vingtaine de secondes pour que la réponse me parvienne, prononcée de manière détachée et même, je l’aurais juré, un peu narquoise, directement à l’intérieur de ma tête. Je me redressai sur mon séant, ôtai le casque et me mis à me frotter les tempes, abasourdi par cette réponse : ainsi, Catherine me trompait depuis six mois avec mon meilleur ami ! Je résolus de faire preuve de plus de discernement pour les deux questions qui me restaient.

Mon texte

– Plus rien à inventer dans ce monde à la technologie avancée. Plus rien de suffisamment innovant pour révolutionner notre quotidien. Depuis plusieurs siècles le monde a tellement évolué, les nouveautés se sont enchaînées, tellement de choses ont changées. Aujourd’hui nous avons l’impression de stagner. Les nouveaux produits que l’on nous propose n’ont plus rien d’innovant, ce ne sont que des améliorations, des déclinaisons, des versions plus abouties de ce qui existe déjà. Et pourtant, dans ce monde où plus rien ne nous surprend, un homme a réussi cet exploit. Le professeur Chartone sera-t-il le dernier véritable inventeur du millénaire ? Je le laisse vous faire découvrir ce qui va changer votre vie à tous, applaudissez-le bien fort : professeur Chartone.

– Merci à tous, et merci Métia pour cette chaleureuse présentation. Je vois que vous êtes venus nombreux aujourd’hui. Certains d’entre-vous ont-ils une idée du produit que je compte vous présenter ? Monsieur peut-être ? Non … Et vous madame ? Non plus … Personne ? Ma foi, le secret a été bien gardé, c’est un miracle ! Et bien justement, c’est de secrets que l’on va parler, car en vérité si celui-ci a été aussi bien gardé ce n’est pas un hasard, c’est grâce à mon invention : le gardeur de secrets ! Grâce à lui vos messes basses le resteront et les secrets de Polichinelle ne le seront plus. Il s’agit d’un petit dispositif que l’on s’implante sous la langue et qui bloque celle-ci à chaque fois que l’on s’apprête à révéler un secret. J’en ai fait implanter à toutes les personnes ayant été impliquées dans mon projet car je voulais être sûr qu’il n’y ait aucune fuite et vous avez pu voir le résultat par vous mêmes : pour la première fois depuis des dizaines d’années, un produit sort sans que personnes ne l’ai dévoilé auparavant !

A la fin du discours l’assistance resta bouche bée, comme le professeur venait de l’annoncer personne ne s’attendait à cela. Tous imaginaient la portée de cet outils s’ils l’implantaient sur leurs employés ou leur conjoint. Personne ne s’imaginait se l’implanter à soi-même. Après cet instant de flottement les applaudissements commencèrent à se faire entendre. D’abord discrets et épars, ils gagnèrent très vite la foule qui encensèrent le professeur Chartone. Pour tous il s’agissait bel et bien de l’invention du siècle !