L’aventure du premier roman

Débat avec Sylvie Gracia, Tatiana Arfel, Carole Martinez et Pascal Morin. Parce que l’aventure d’un premier roman c’est souvent la rencontre entre un auteur et un éditeur, trois auteurs et un éditeur ont raconté leurs histoires lors du dernier Salon du livre.

Premier Roman

Sylvie Gracia

Elle est écrivain et éditrice. C’est un évènement marquant de son existence qui l’a poussée à écrire son premier roman après avoir longtemps écrit en dilettante. Pour s’aider, elle s’est inscrite à un atelier d’écriture. Une fois son manuscrit achevé, elle l’a envoyé à 13 éditeurs. 12 ont refusé son manuscrit, un seul a accepté de le publier.

Elle est éditrice pour la collection « La Brune » chez Rouergue qui publie 6 à 8 livres chaque année dont au moins un premier roman sur environ 1000 manuscrits reçus. Dans la lettre d’accompagnement jointe au manuscrit, il est important de montrer que l’on connait la maison d’édition à laquelle on s’adresse et ce qu’elle publie. 8 manuscrits sur 10 sont refusés après avoir lu les 2 ou 3 premières pages. Ceux qui restent sont lus plus longuement par des lecteurs. Il arrive qu’un éditeur perde de l’argent en publiant un premier roman. Si le roman est vendu à 2000 exemplaires, c’est déjà bien.

Tatiana Arfel

Elle écrivait plutôt des textes courts, et un jour, un texte s’est avéré vouloir durer plus longtemps que d’habitude, elle a alors décidé de prendre le temps de l’écrire dans le but de le publier.

Elle a déposé elle-même son manuscrit chez de nombreux éditeurs, ceux qu’elle avait l’habitude de lire, des plus connus aux plus petits. Lorsqu’elle recevait un refus, elle retournait chez l’éditeur pour récupérer son manuscrit et le déposer chez un autre car elle manquait de moyens pour l’imprimer en de nombreux exemplaires. Elle ne ciblait pas un éditeur en particulier, mais pour chaque éditeur elle ciblait la collection qui correspondait le plus à son roman. Elle accompagnait systématiquement son manuscrit d’une lettre personnalisée dans laquelle elle parlait des livres qu’elle avait apprécié dans cette collection afin de montrer aux éditeurs qu’elle connaissait ce qu’ils publiaient.

Maintenant elle travaille avec une petite maison d’édition qui ne lui fait pas réécrire tout son texte, juste de petites corrections. Elle n’a pas de contrat d’exclusivité mais reste fidèle à ceux qui ont accepté de tenter l’aventure avec elle.

Carole Martinez

Elle a longtemps voulu écrire un roman, mais elle ne se l’autorisait pas, elle ne s’en sentait pas capable. Un échec dans sa vie a fait qu’elle a cherché à s’occuper l’esprit pendant plusieurs semaines, c’est là qu’elle a écrit son premier livre : 180 pages en 3 semaines. C’était un policier-jeunesse qui lui paraissait plus facile que la littérature adulte. Elle a reçu une réponse positive d’un éditeur, mais était déçue quand ils lui ont dit que c’était « mal écrit ». Elle a demandé à le réécrire elle-même car elle ne voulait pas que quelqu’un d’autre touche à son texte.

Son premier roman pour adulte a été écrit plus tard, après avoir mûri pendant une quinzaine d’années dans son esprit. Elle a pris un congé d’un an pour pouvoir l’écrire mais n’a pas réussi à le finir dans le temps qu’elle s’était accordé. Elle a alors déposé son manuscrit inachevé chez 5 éditeurs, un seul l’a accepté : celui chez qui elle avait toujours imaginé être publiée.

Il arrive parfois que certains éléments du roman soient longuement discutés avec l’éditeur, mais au final c’est toujours l’auteur qui choisit. Le travail se fait plutôt sur l’histoire, sur la cohérence du roman, plutôt que sur le style et l’écriture.

Pascal Morin

C’est un grand lecteur qui a toujours voulu écrire. Longtemps ses écrits sont restés inaboutis. Un drame dans sa vie lui a rappelé quel était l’essentiel pour lui. Il s’est alors lancé plus sérieusement dans l’écriture.

Il a envoyé son manuscrit à de nombreux éditeurs et a eu rapidement une réponse encourageante de l’un d’eux. L’éditeur lui a demande dé retravailler son texte, en sous-entendant qu’ensuite il serait publié. Après 2 demandes de réécritures, plusieurs réunions et plus d’un an de travail, son manuscrit a finalement été refusé.

Il a alors tenté d’autres éditeurs et a reçu une nouvelle réponse encourageante … toujours accompagnée d’une demande de réécriture. Il leur a proposé un autre roman qu’il avait écrit entre-temps. Celui-ci a été accepté immédiatement. Il publiera finalement les deux chez cet éditeur.

Il retravaille beaucoup ses textes avec son éditeur, ce travail l’aide à « finir d’accoucher » son texte. D’un éditeur à un autre, un texte peut être amené dans des directions très diverses. Le premier éditeur qui lui avait demandé de retravailler son manuscrit essayait de le faire rentrer dans sa ligne éditoriale, alors que son éditeur actuel cherche au contraire à le mener au bout de ce qu’il veut dire.