Le Bonheur – Philippe Delerm

Le Bonheur – Tableaux et bavardages de Philippe Delerm

Je suis heureux. Est-ce que cela va durer ? Voilà le sujet de ce livre. Ce sera un thriller, le plus authentique du siècle. Je suis cerné de toutes parts, et jusqu’au fond de mon terrier. Sur chaque page va planer une menace de mort ou de cancer, d’accident de voiture, de mal de vivre, simplement. Mais je suis fort, j’ai plein de munitions, je vous en parlerai.

Ce livre … n’est pas un roman, il contient pourtant une chronologie et une continuité. Ce n’est pas un recueil de nouvelles, les textes sont pourtant tout aussi courts et complets. Ce ne sont pas des contes, on en retrouve pourtant la magie. Ce n’est pas un essai, il est pourtant empreint de réflexion et de sagesse. Ce n’est pas une autobiographie, les instants décrits sont pourtant si réels et si personnels.  Pour définir ce recueil, on aurait pu chanter : « juste une mise au point sur les plus belles images de ma vie ». Car c’est bien de cela qu’il s’agit, ses tableaux sont les images d’une vie, des instants volés au quotidien ou des moments un peu moins anodins dont l’auteur a su capter toute la magie et la retranscrire dans ces pages. C’est un livre à butiner, chaque tableau, chaque bavardage se savoure comme la plus délicieuse gourmandise. A offrir d’urgence à tous vos amis qui broient du noir, pour voir à nouveau pétiller leurs yeux.

Morceau choisi :

Le bonheur, c’est d’avoir quelqu’un à perdre. Ce n’est pas vraiment triste, mais Camus avait raison – c’est ça, la tragédie. Je suis de l’autre côté de la rive, et mon bonheur léger me fera le cœur lourd. Je ne veux pas de carapace ni d’oubli. Que danse léger sur la terre le bonheur qui fait mal ; que chaque pas soit ce risque insensé sur la corde inutile. Vincent, Martine, je vous aime, je dis c’est ça le nom de mon bonheur, si je perds je vous garde et ne change pas les couleurs. Je suis de l’autre côté de la rive et mes mots n’ont pas peur, mais ils me brûlent flamme neige et ne dessinent pas d’Ailleurs. Le bonheur est léger, c’est un oiseau d’ici. Il n’a qu’un vol et pas d’oubli.