Le grand Cahier – Agota Kristof

Le Grand Cahier

D’Agota Kristof (Editions du Seuil, 1986)

Résumé de Le grand Cahier

En tant de guerre, deux jumeaux sont forcés de vivre avec leur grand-mère qu’ils ne connaissent pas et qui va leur mener la vie dure. Les enfants vont apprendre, seuls, à survivre en cette période difficile. Ils vont s’endurcir, et choisir de devenir bourreaux plutôt que victimes.

Extrait de consigne d’écriture

Voici comment se passe une leçon de composition :
Nous sommes assis à la table de la cuisine avec nos feuilles quadrillées, nos crayons, et le Grand Cahier. Nous sommes seuls.
L’un de nous dit :
– Le titre de ta composition est : « L’arrivée chez Grand-Mère ».
L’autre dit :
– Le titre de ta composition est : « Nos travaux ».
Nous nous mettons à écrire. Nous avons deux heures pour traiter le sujet et deux feuilles de papier à notre disposition.
Au bout de deux heures nous échangeons nos feuilles, chacun de nous corrige les fautes d’orthographe de l’autre à l’aide du dictionnaire et, en bas de la page, écrit : « Bien », ou « Pas bien ». Si c’est « Pas bien », nous jetons la composition dans le feu et nous essayons de traiter le même sujet à la leçon suivante. Si c’est « Bien », nous pouvons recopier la composition dans le Grand Cahier.
Pour décider si c’est « Bien » ou « Pas bien », nous avons une règle très simple : la composition doit être vraie. Nous devons décrire ce qui est, ce que nous voyons, ce que nous entendons, ce que nous faisons.
Par exemple, il est interdit d’écrire : « Grand-Mère ressemble à une sorcière » ; mais il est permis d’écrire : « Les gens appellent Grand-Mère la Sorcière. »
Il est interdit d’écrire : « La Petite Ville est belle », car la Petite Ville peut être belle pour nous et laide pour quelqu’un d’autre.
De même, si nous écrivons : « L’ordonnance est gentil », cela n’est pas une vérité, parce que l’ordonnance est peut-être capable de méchancetés que nous ignorons. Nous écrirons donc simplement : « L’ordonnance nous donne des couvertures. »
Nous écrivons : « Nous mangeons beaucoup de noix », et non pas : « Nous aimons les noix », car le mot « aimer » n’est pas un mot sûr, il manque de précision et d’objectivité. « Aimer les noix » et « aimer notre Mère », cela ne peut pas vouloir dire la même chose. La première formule désigne un goût agréable dans la bouche, et la deuxième un sentiment.
Les mots qui définissent les sentiments sont très vagues ; il vaut mieux éviter leur emploi et s’en tenir à la description des objets, des êtres humains et de soi-même, c’est-à-dire à la description fidèle des faits.

Mon avis sur Le Grand Cahier

Point de vue personnel

C’est un texte dur, nous montrant des actes d’une cruauté extrême. Âme sensible s’abstenir ! Mais une fois passée la phase de dégoût, on se retrouve totalement pris par cette histoire et l’avalanche de sentiments contradictoires qu’elle déclenche en nous. On aime et déteste ces enfants tout à la fois. On s’attache aux personnages malgré nous, et malgré eux …

Le Grand cahier est en fait le premier tome de La trilogie des jumeaux. Certains vous diront qu’il faut obligatoirement lire les trois, sans quoi vous n’aurez rien compris à l’histoire … Je leur répondrai que peut-être j’aurais préféré ne rien comprendre et rester sur ma première idée, aussi fausse soit-elle. J’ai adoré le premier tome, je l’ai lu d’une traite. J’ai bien aimé le second tome (La preuve) et j’aurais aimé en rester là. Sauf que le second pose des questions auxquelles seule la lecture du troisième peut répondre. Soit vous ne lisez que le premier, qui se suffit à lui-même, soit vous lisez la trilogie complète. J’ai détesté le dernier tome (Le troisième mensonge), j’ai rechigné à le lire. Je voulais connaître la fin, mais chaque page venait détruire tout ce petit monde auquel je m’étais attachée. J’ai regretté d’avoir tout lu, la curiosité est un vilain défaut.

Point de vue d’écrivante

Du point de vue de l’écriture par contre, je n’ai rien regretté. Pour comprendre l’importance de bien choisir votre narrateur, il est indispensable de lire la trilogie. Chaque tome a un narrateur différent, chaque tome a un style différent… En vérité le style est assez proche d’un tome à l’autre : il reste très factuel et sans fioriture, mais il évolue en même temps que les personnages. Le changement de narrateur donne l’impression que le style change du tout au tout.

Le premier tome est raconté par les jumeaux : « Nous ». On ne sait pas qui est qui, les jumeaux ne font qu’un, ils parlent, pensent et agissent ensemble, ils n’ont pas besoin de nom. Le style est un peu plus enfantin ce qui rehausse la cruauté décrite. Ils décrivent les faits, rien que les faits.

Le second tome est raconté par un narrateur extérieur : « Il ». On sort de la subjectivité des jumeaux pour entrer dans l’objectivité de l’histoire. Et l’on comprend que factuel et objectif sont deux choses totalement différentes : on peut parler de faits de manière totalement subjective, on peut parler de ressentis de manière totalement objective. Par ailleurs  les jumeaux ont grandi, le style évolue en conséquence.

Le dernier tome est raconté par l’un des jumeaux, puis l’autre : « Je ». Contrairement à « nous », « je » a des pensées personnelles, des sentiments. Et surtout, « je » a un regard sur le monde, « je » raconte sa vérité, « je » crée sa propre réalité. L’histoire est toujours racontée par quelqu’un, avec son point de vue, ses souvenirs, ses vérités. Et la réalité dans tout ça, où peut-elle donc se cacher ?

Ma note 4/5

Lire plus de commentaires sur Le grand cahier sur Amazon.

Et vous, avez-vous lu ce livre ? Donnez votre avis en commentaire ci-dessous.